Décès de Jean Daniélou
Page mise à jour le 02/04/2018

Rappel de faits :

Le 20 mai 1974, un homme succombe d'une crise cardiaque dans le studio de passe de Mimi, une prostituée exerçant rue du Ponceau à Paris (rue adjacente à la rue Saint-Denis). Il s'agissait d'un client régulier de Mimi, laquelle n'en connaissait évidemment ni l'identité ni la profession..

Les rapports de la police et des pompiers précisent que le corps du défunt est rhabillé à la hâte, (un vêtement aurait même été déchiré) puis sorti sur le palier avant l'arrivée de la police. Quand les secours arrivent Mimi (qui à ce moment là, rappelons-le, ignore tout de l'identité de son client) est en nuisette transparente. Choquée par l'événement elle quittera les lieux après que le corps ait été enlevé.

Quelques jours après on apprenait par un lapidaire communiqué des autorités ecclésiastiques que le Cardinal et Académicien Jean Daniélou, membre de la Compagnie de Jésus "était décédé dans la rue", le 20 mai 1974 à l'âge de 69 ans !.

On ignore comment le rapprochement entre les deux événements fut fait, mais il le fut, (très probablement une fuite de l'information d'origine policière en direction du "Canard Enchaîné").

Les premières réactions de l'église sont logiques et charitables, ainsi le cardinal Gabriel-Marie Garrone déclara :  "Dieu accorde son pardon.  Notre existence ne peut manquer d’inclure un élément de faiblesse et d’ombre". Et le quotidien catholique La Croix commenta  : en chaque chrétien demeure un pécheur.

Mais c'est après que ça se gâte : le cardinal Marty, archevêque de Paris, souhaite enterrer l'affaire. Un nouveau communiqué des autorités ecclésiastiques  indiqua alors que "c'est dans l'épectase de l'apôtre qu'il est allé à la rencontre du Dieu vivant". En clair il n'était pas allé voir Mimi pour avoir une relation sexuelle mais pour la confesser (ou du moins pour lui apporter le "réconfort de l'Eglise")

Mais la Compagnie de Jésus fait le forcing, veut aller plus loin et obtient qu'une version officielle soit adopté par le Vatican. Selon cette thèse farfelue, Daniélou était venu apporter de l'argent à Mimi pour l'aider à payer l'avocat de son petit copain soupçonné de proxénétisme. C'est bien connu quand un curé vous apporte de l'argent on le reçoit en nuisette transparente.

Le "Canard Enchaîné" connu aussi bien pour ses positions anticléricales que pour ses positions anti-prostitution rend l'affaire publique et en fait ses choux gras, en redéfinissant le mot épectase comme "mort en faisant l'amour"..

Ce journal commet alors une erreur et une faute grave :

L'erreur : Il situe le décès de Daniélou non pas rue du Ponceau mais dans l'appartement privé de Mimi, rue Dulong dans le XVIIème. Cette thèse est absurde, le voisinage de Mimi ignorait ses activités, et on ne voit pas bien qui (sauf la police, mais dans quel but ?(1)) aurait eu intérêt à le dévoiler et faire ainsi le rapprochement Daniélou -"client de prostituée" ?.

La faute grave : Il dévoile carrément l'identité réelle de Mimi et son adresse précise (en mentionnant même l'étage), ainsi que d'autres renseignements confidentiels, mettant du coup cette personne en difficulté.

En 1999, 25 ans après les faits, Emmanuelle de Boysson, petite nièce d’Alain Daniélou, publia un livre "Le cardinal et l’hindouiste ou le mystère des frères Daniélou" où elle défend "naïvement" la version de l'épiscopat.

Or, pour que cette version soit (ne serait-ce que partiellement) valable, il faudrait que la personne morte d'épectase rue du Ponceau le 20 mai 1974 soit une autre personne que Daniélou (car il y a bien eu un décès de client de jour là à cet endroit, les anciennes du quartier en parlent encore !).(2) Après tout c'est possible, les coïncidences, ça existent.

Mais cette hypothèse, validerait aussi totalement la version du "Canard Enchaîné" qui du coup ne serait plus entachée d'erreur !

Le numéro d'époque du "Canard Enchaîné" n'est plus trouvable (il faudrait aller à la BNF...) mais le journal a repris l'affaire dans un numéro spécial en septembre 1982 "Le Vatican clef en main"  Nous en reproduisons ci-dessous le fac-similé en 2 documents qu'il vous conviendra d'agrandir. Et pour le plaisir et le même prix nous vous offrons "Une page d'anticléricalisme désuet" publiée par Charlie-Hebbo (n°131 du 24 juin 1974) où l'on reconnaîtra les signatures de Gébé, Reiser et  Wolinski.

Quant à Wikipédia dont on sait que la plupart des articles sur la religion catholique et ses sbires sont rédigés et contrôlés par de farouches culs-bénis, ils s'en tiennent à la version officielle du Vatican. Le ridicule ne tue pas.

Le canard enchaîné
 numéro spécial 9/1982

Charlie Hebdo
 24/6/1974

Où est le scandale ?

Que les choses soient claires : Nous n'avons rien ni contre les prostituées ni contre leurs clients, à partir du moment où la relation se fait par consentement mutuel. Daniélou était un homme, il avait comme tout homme des pulsions sexuelles, et qu'il les accomplisse avec une prostituée nous parait autrement plus sain que d'aller tripoter des mineur(e)s. Évidemment cet acte est contradiction avec ce qu'il professait, mais serait-il le seul en ce monde à pratiquer le '"faites ce que je dis, pas ce que je fais". Il n'y a jusque ici aucune matière à scandale !

En revanche : que la hiérarchie catholique nous ait raconté des salades, qu'elle se soit livrée à des pressions inadmissibles sur Mimi afin de lui faire dire autre chose que la vérité, voila qui est scandaleux !. Et que le Canard Enchaîné en ait ajouté une couche en allant dévoiler l'identité et l'adresse privée de Mimi est tout aussi scandaleux.


Notes
(1) J'ai lu sur un forum que le jeune inspecteur divisionnaire qui aurait ébruité l'affaire aurait été muté à Creil en Septembre 1974. Il s'y serait alors illustré en précédant à l'arrestation spectaculaire de
Marcel Barbeault, dit le "tueur de l'ombre" !
(2) On me signale qu'il y a pu y avoir confusion avec un autre décès dans la même Rue du Ponceau, dans lequel on découvrit
un matin au n°9, dans les couloirs des parties communes, le cadavre de Monseigneur Roger Tort, évêque de Montauban, dont le
cœur avait lâché. Le cardinal Marty déclara que le saint homme ne se sentant pas bien s'était réfugié dans le premier hôtel venu. Manque de bol, le n°9 n'est pas un hotel. Beaucoup de similitudes donc mais les dates ne correspondent pas, Roger Tort est décédé en janvier 1975 soit 7 mois après Daniélou.