A la feuille de rose, maison turque

Page mise à jour le 09/03/2024

Pièce de théâtre
écrite en 1875 par Guy de Maupassant (1850-1893)


Cette oeuvre libertine fut jouée en privé pour la première fois le 19 avril 1875 quai Voltaire(1) (Paris 7ème) dans l'atelier de peintre Maurice Leloir, puis reprise le 31 mai 1877(2) dans l'atelier du peintre Georges Becker, 26 rue de Fleurus (Paris 6ème, à l'ouest du Jardin du Luxembourg). Le carton d'invitation (rédigé sur du papier à en tête du ministère de la Marine) précisait "Nous allons, quelques amis et moi, jouer une pièce absolument lubrique… Inutile de dire que cette œuvre est de nous." Dans la salle il y avait le père de Maupassant, Emile Zola, Ivan Tourgueniev (qui anima les répétions), J.K. Huysmans ("Soirée hénaurme" notera-t-il), Edmond Goncourt (qui joua les dégoûtés dans son journal et parla de "salauderie") et aussi Gustave Flaubert qui était dans la confidence et qui fut enthousiaste, (il chuchota à l'oreille de Victor Hugo : "Non de Dieu, que c'est rafraichissant")ainsi que quelques femmes dont la chanteuse Suzanne Lagier (qui partit avant la fin) la princesse Mathilde et la célèbre demi-mondaine Valtesse de la Bigne ainsi que d'autres, masquées. Les rôles féminins était jouées par des acteurs travestis dont Maupassant lui-même (dans le rôle de Raphaëlle), et le rôle de Monsieur Baeuflanquet était tenu par Octave Mirbeau. La pièce ne fut jamais publiée du vivant de Maupassant et il fallut attendre 1945 pour qu'elle le fut (de façon confidentielle).


PERSONNAGES

MICHÉ, maquereau.
CRÊTE DE COQ, garçon de bordel.
Monsieur BEAUFLANQUET, maire de Conville.
LÉON.
Un vidangeur.
Un bossu.
Un Capitaine retraité.
Un jeune homme.
Un sapeur.
Un Marseillais.
Un Anglais.

RAPHAËLE, fille de joie.
FATMA, fille de joie.
BLONDINETTE, fille de joie.
Madame BEAUFLANQUET.

La scène se passe à Paris de nos jours dans un salon de bordel.
Un salon, tenture d'orient, trois portes au fond, divans à droite et à gauche.

SCÈNE I

MICHÉ - CRÊTE DE COQ

MICHÉ
Eh bien ! Crête de Coq, tout est-il prêt ?

CRÊTE DE COQ
Oui, Monsieur.

MICHÉ
Allons, dépêchons, dépêchons, il ne faut pas perdre une flanelle, les affaires ne vont déjà pas si bien.

CRÊTE DE COQ
Monsieur, on vient d'apporter vos nouvelles réclames.
(Il lui donne un paquet)

MICHÉ
Ah ! bien, il faudra tâcher d'en distribuer discrètement.

CRÊTE DE COQ
Comptez sur moi, Monsieur.

MICHÉ
Voyons ça (il lit) « A la feuille de Rose, maison turque, salons et cabinets meublés. »

CRÊTE DE COQ
Bien meublés.

MICHÉ (lisant)
« Société choisie, sécurité, petits soins et discrétion. Cette maison organisée sur un pied tout nouveau à l'instar de la Turquie, se recommande tout particulièrement à l'attention du high life. On emploie toutes les langues. »

CRÊTE DE COQ
C'est pas bête, ça. Vous avez eu là une fière idée, patron.

MICHÉ
J'ai habillé mes femmes en turques. Voilà !

CRÊTE DE COQ
Une maison turque, on ne trouve pas ça tous les jours, et puis le bourgeois, c'est friand des turques.

MICHÉ
Sans cela, ma foi, je ne sais pas comment je m'en serais tiré.

CRÊTE DE COQ
Vous n'avez que trois femmes dans la maison.

MICHÉ
Une qui a perdu ses dominos.

CRÊTE DE COQ
L'autre qui tue les mouches et renverse les visiteurs.

MICHÉ
Il n'y a plus que Raphaële de présentable.

CRÊTE DE COQ (soupirant)
Ah ! Raphaële, aussi elle a été au poste toute la semaine.

MICHÉ
As-tu fini ?

CRÊTE DE COQ
Si vous croyez que c'est agréable de voir la femme qu'on aime...

MICHÉ
Tout ça c'est des bêtises, tu veux prendre ma suite, n'est-ce pas ? Eh bien, faut pas risquer à perdre ta situation par des sensibleries. Allons, je vais voir si elles s'habillent là-haut.
(Il sort).

SCÈNE II
CRÊTE DE COQ (seul)

Ah ! Raphaële ! (il brosse le canapé) Allons bon, encore une tache que je n'avais pas vue (il prend une cuvette sur le canapé et frotte la tache). Ah ! putains ! Va, elles pourraient pourtant bien faire attention. En voilà une qui ne s'est pas servie de capote. Mais, c'est vrai en ai-je pour ce soir ? (il ouvre un tiroir et en sort une poignée de capotes). Trois heures (il compte doucement) une, deux, trois (il en trouve une pleine de sang). Ah ! je ne pourrai jamais nettoyer celle-là, six... sept,... dix-huit... En voilà une crevée.
(Il l'examine et souffle dedans)
Ah malheur !... si elle a servi à Blondinette, en voilà un de pincé.
(Il souffle dans une autre)
Ah ! celle-là pourra resservir. Je crois que ce sera la dernière fois par exemple. Allons, nettoie, lave, brosse, frotte, savonne. Qui l'eût dit il y a cinq ans lorsque j'étais au séminaire. Ah ! misérable créature, qu'as-tu fait de moi ! Pourquoi le Ciel a-t-il voulu que je rencontrasse cette maudite petite blanchisseuse qui repassait alors mes surplis, et, grâce à laquelle j'en suis réduit maintenant à repasser des capotes. Sale métier, va ! les femmes, jusqu'où nous font-elles tomber !... Je ne pourrai jamais détacher celle-là. I1 est vrai qu'elle est encore plus bas que moi. Ah ! Raphaële, elle vit là-dedans, sans remords et sans regret du passé. Et je l'aime toujours pourtant... En voilà une que j'ai oubliée. J'ai des distractions aujourd'hui. Malheureux Crête de Coq ! Elles m'ont nommé Crête de Coq, les gueuses. S'appeler Crête de Coq, quand je devrais aujourd'hui m'appeler l'Abbé Lecoq ! Ah ! les`femmes, les femmes !

SCÈNE III
CRÊTE DE COQ - Un VIDANGEUR

CRÊTE DE COQ (au vidangeur)
Qu'est-ce que vous voulez ?

LE VIDANGEUR
Je viens pour vider les caca, les cabinets... Je suis le vi... le vi... le vi...

CRÊTE DE COQ
Quel vit ?

LE VIDANGEUR
Le vidangeur.

CRÊTE DE COQ
C'est pas l'heure.

LE VIDANGEUR
C'est tou... toujours à cette heure qu'on... à cette heure qu'on les vide.

CRÊTE DE COQ
Pas ici, puisqu'on travaille la nuit.

LE VIDANGEUR
Je vais attendre qu'on ait fini le tra... tra... le travail.

CRÊTE DE COQ
Allez-vous en. C'est impossible. Allons, foutez-moi le camp, vous m'emmerdez.

LE VIDANGEUR (en colère)
Non Monsieur, je n'emmé...merde pas... Au con... au con... au contraire, je désemmerde ! Je désemmerde !

CRÊTE DE COQ
Vous verrez, Monsieur, tout à l'heure. Allez-vous en.

(Le vidangeur sort).

SCÈNE IV
CRÊTE DE COQ - MICHÉ - M. et Mme BEAUFLANQUET

MICHÉ (saluant cérémonieusement)
Parfaitement, Monsieur. Mais à qui ai-je l'honneur de parler ?

BEAUFLANQUET
Monsieur Beauflanquet, Maire de Conville, et Madame Beauflanquet, mon épouse.

MICHÉ
C'est bien vous, qui venez de la part de Monsieur Léon. Je vous assure que vous ne regretterez pas d'être descendus dans ma maison.

BEAUFLANQUET
Nous espérons, Monsieur, être descendus dans un bon hôtel. Donnez-nous une belle chambre, deux lits et un cabinet de toilette.

MICHÉ
Oui, Monsieur, n'ayez pas peur.

BEAUFLANQUET
La maison est tranquille n'est-ce pas ?

MICHÉ
Très tranquille. Vous pouvez dormir sur les deux oreilles.

Madame BEAUFLANQUET
Ah ! mon ami, je crois que Léon a très bien fait de nous envoyer ici.

MICHÉ à CRÊTE DE COQ
Conduis Madame et Monsieur à la chambre jaune.

SCÈNE V
MICHÉ - LE VIDANGEUR

MICHÉ
Qu'est-ce que vous demandez ?

LE VIDANGEUR
Je veux la clé, clé... la clé au...

MICHÉ
Qui ? Cléopâtre ? Elle est à St Lazare.

LE VIDANGEUR
Non, la clé au caca, aux ca... cabinets...

MICHÉ
Mais, mon brave homme, vous reviendrez à quatre heures du matin, ce n'est pas à cette heure qu'on peut vider ça ici.

LE VIDANGEUR
C'est qu'à cette heure-là, je serai pas occu... occu... occupé.

MICHÉ
Bon, vous reviendrez, allez...

LE VIDANGEUR
Faire aller les gens... gens comme ça. Si c'est pas à faire pi... pi... pitié.

(Miché le pousse et le vidangeur sort).

SCÈNE VI
MICHÉ - CRÊTE DE COQ

MICHÉ (sentant sa main)
Pouah ! Pouah ! faut-il qu'il y ait des gens assez peu dégoûtés pour faire des métiers pareils.

CRÊTE DE COQ (entrant)
Qu' qu' ça veut dire tout ça ? Quels sont les gens que je viens de conduire ?

MICHÉ
C'est un bourgeois que Monsieur Léon m'envoie à cause de la bourgeoise qu'il veut baiser.

CRÊTE DE COQ
Il a bien une tête de cocu le Monsieur. Mais comment allez-vous arranger ça vous ? Faut prendre garde à la rousse.

MICHÉ
Je m'en fous pas mal. Je ferai payer le mari et l'amant, le reste ne me regarde pas. Ma foi, c'est une bonne affaire.
(Il se frotte les mains)

CRÊTE DE COQ
Quel homme heureux ! Il vit là-dedans comme un poisson dans l'eau.

MICHÉ
Qu'est-ce que tu parles de poisson ? toi. Pas de plaisanterie. S'il vous plaît, Monsieur Crête de Coq.

CRÊTE DE COQ
Moi, Monsieur, rien (à part) on ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu.

SCÈNE VII
MICHÉ - CRÊTE DE COQ - LÉON

LÉON
Bonjour, Miché.

MICHÉ
Monsieur Léon, votre serviteur.

LÉON
Vous avez dû recevoir un Monsieur et une Dame que j'ai envoyés chez vous. Vous trouverez bien un moyen d'entortiller le mari.

MICHÉ
Ah ! ah ! je vous vois venir. Vous êtes encore un malin vous. Mes compliments. Pas mal... la bourgeoise.

LÉON
Que voulez-vous ? Je sais bien que c'est raide de l'envoyer ici. Mais j'ai une envie folle de coucher avec elle, je n'avais pas d'autres moyens d'y arriver... Votre complaisance sera bien rémunérée.

MICHÉ
Oh ! comptez sur moi ! Je ferai mon possible, tout en regrettant que mon établissement ne vous suffise pas.

LÉON
Vos femmes sont charmantes, mais une femme du monde ! Voyez-vous, c'est autre chose. Cette femme qui se donne, se livre, qui vous appartient tout entière. Voilà la femme comme je voudrais en posséder une.

MICHÉ
Bougre ! Il vous faut du soigné à vous. On vous en foutra des bourgeoises. Enfin je suis votre homme.

LÉON
Si ça réussit, vous savez, donnant donnant... Maintenant faites-moi monter une bouteille de champagne et un poulet froid, car je crève de faim.

MICHÉ
Bonne affaire.

(Léon et Crête de Coq sortent).

SCÈNE VIII
MICHÉ - UN BOSSU

MICHÉ
Connaissez-vous une de ces dames ?

LE BOSSU
Non Monsieur. Mais je ne demande pas mieux que de faire connaissance.

MICHÉ
Je vais faire descendre ces dames.
(Il sort).

SCÈNE IX
LE BOSSU (seul)
Le bordel, il n'y a que ça de vrai, d'abord. Les femmes du monde, j'en ai goûté, mais n'en faut plus. Quand on est empêtré d'une, on ne peut plus s'en débarrasser, et puis avec ces mijorées, faut un tas de façons, faut payer de sa personne. Moi, j'aime pas me mettre en habit noir. Et puis, faut prendre un tas de précautions pour pas les compromettre, sans compter qu'il y a des jours où ça fait sa poire, tandis que ici les femmes sont toujours aussi aimables.

(Les femmes entrent).

SCÈNE X
LE BOSSU - RAPHAËLE - BLONDINETTE - FATMA

LES FEMMES
Bonjour, Monsieur.

LE BOSSU
Mesdames, je vous présente mes respects.

RAPHAËLE
Faites votre choix, Monsieur, nous sommes très aimables, très polissonnes, très cochonnes.

LE BOSSU
Je n'en doute pas, Mesdames, je n'en doute pas. Rien qu'à vous voir, on le devine.

RAPHAËLE
Est-il assez mignon ce petit-là ! Est-il assez gentil ! Allons décidez vous. Choisissez une de nous.

LE BOSSU
C'est que je suis très embarrassé pour choisir.

RAPHAËLE
À votre place je ne serais pas embarrassée.

LE BOSSU
Comment ça ?

RAPHAËLE
Je prendrais Raphaële.

LE BOSSU
Ah ! très joli... très joli...

RAPHAËLE
En attendant que tu choisisses, payes-tu quelque chose ?

LE BOSSU
Oh merci. J'ai pas soif. Je prends jamais rien entre mes repas.

FATMA
Est-il gentil cet amour-là. Allons décide-toi mon Apollon.

LE BOSSU
Ah ! tu me fais rougir.

FATMA
Tu dois être de Chartres, toi.

LE BOSSU
Pourquoi ça ?

FATMA
Parce que tu es de la Beauce.

LE BOSSU (piqué)
Toi, tu dois être d'Asnières.

FATMA
Pourquoi ça ?

LE BOSSU
T'as bien sûr avalé un rat mort du Grand Collecteur.

FATMA
As-tu fini Chameau !

RAPHAËLE
Allons viens, mon bébé.

LE BOSSU
Toi, tu me chausses, t'as l'air bonne fille et puis t'as de ça.

RAPHAËLE
Et puis, j'ai des talents particuliers.

LE BOSSU
Ça, ça me botte, parce que j'aime la partie entière.

RAPHAËLE
Viens, tu me le mettras comme tu voudras.

LE BOSSU
Allons, allons, toi tu me débauches.

CRÊTE DE COQ (entrant avec accablement)
Toujours Raphaële !
(au Bossu)
Faut-il une sûreté ?

LE BOSSU
Oui, c'est jamais nuisible.
(Il examine les capotes)

CRÊTE DE COQ
Monsieur veut-il régler ? (Le bossu paye) Monsieur n'oubliera pas le garçon.

LE BOSSU
Sois tranquille, j'oublierai jamais ta physionomie.
(Il sort avec Raphaële, Crête de Coq fait un mouvement désespéré).

SCÈNE XI
MICHÉ - CRÊTE DE COQ - FATMA - BLONDINETTE
puis Madame BEAUFLANQUET

CRÊTE DE COQ
(versant l'argent dans les mains de Miché)

Une passe à Madame Raphaële.

Madame BEAUFLANQUET (qui entre)
Il me semble que j'ai entendu la voix de Monsieur Léon.

MICHÉ
Oui, Madame, il vient d'arriver et je crois qu'il sera bien aise de vous voir.

Madame BEAUFLANQUET
Mon mari, pendant que je déballais mes effets, s'est couché et s'est endormi, je vais le réveiller pour qu'il voit son cousin.

MICHÉ
Ce n'est pas la peine, je vais y aller.

Madame BEAUFLANQUET
(apercevant Fatma et Blondinette)

Ah ! ces dames, quel singulier costume !

MICHÉ (se grattant l'oreille « à part »)
Ah diable ! (haut) Oui, Madame je vais vous expliquer. Ces dames font partie de l'Ambassade Turque, Son Excellence Monseigneur l'Ambassadeur a bien voulu me confier la garde de son harem.

Madame BEAUFLANQUET
Ah ! ce sont des dames turques et elles parlent.

MICHÉ
Elles emploient toutes les langues (à part) hum ! (haut) Ah ! pardon elles parlent le français comme vous et moi.

CRÊTE DE COQ (entrant)
Monsieur Miché, le bossu se dispute avec Mademoiselle Raphaële.

MICHÉ
Ah ! l'asticot ! là, attends-moi.
(Il frappe sur ses bras et sort).

SCÈNE XII
Les mêmes moins MICHÉ

RAPHAËLE (entrant « à elle-même »)
Cet animal-là sous prétexte qu'il a déchargé dans sa culotte, il ne voulait pas me donner mes gants. (Elle met son argent dans son bas. Elle aperçoit Madame Beauflanquet)
Tiens une nouvelle (Madame Beauflanquet la salue) As-tu fini tes manières !

Madame BEAUFLANQUET
Mesdames, j'avais beaucoup entendu parler de l'intérieur des harems, mais je n'avais jamais eu l'occasion d'en visiter.

RAPHAËLE
Ah ! c'est la première fois que vous entrez dans une maison.

Madame BEAUFLANQUET
Turque... oui. Madame.

RAPHAËLE
Cependant vous avez souvent vu du monde.

Madame BEAUFLANQUET
Ah ! oui. Madame.

RAPHAËLE
Vous avez fait toutes les positions ?

Madame BEAUFLANQUET
Non, Monsieur Beauflanquet n'en a jamais changé.

RAPHAËLE
Qui ça Beauflanquet ? Connais pas ce maquereau-là.

Madame BEAUFLANQUET
Maquereau. Ce doit être un titre turc.

RAPHAËLE
Faites-vous bien feuille de rose ?

Madame BEAUFLANQUET
Feuille de rose ! (à part) ah oui des confitures de Turquie (haut) je n'en ai jamais mangé.
(Les femmes se mettent à rire)

FATMA
Elle ne connaît pas feuille de rose ! Qu'est-ce qu'elle fait alors ?

RAPHAËLE
Et petit salé alors ?

Madame BEAUFLANQUET
Ah ! ça oui.

RAPHAËLE
Vous connaissez la levrette ?

Madame BEAUFLANQUET
Oui.

RAPHAËLE
Le postillon - le gamin - soixante-neuf - la paresseuse - la brouette ?

Madame BEAUFLANQUET (étonnée)
Oui, je connais ces choses (à part) quelles drôles de question font les femmes de Turquie. On m'avait dit aussi que les odalisques étaient d'une ignorance.

RAPHAËLE
Elle me va cette petite femme-là. Aimez-vous à bouffer le chat ?

Madame BEAUFLANQUET
Oh ! j'adore les chats.

RAPHAËLE
Ah ! bien puisque nous avons les mêmes goûts, je vous offrirai le mien.

Madame BEAUFLANQUET
Je ne demande pas mieux. Je suis très privée quand je n'en ai pas.

RAPHAËLE (la caressant)
Nous nous entendrons très bien, ma mignonne.

MICHÉ (entrant avec Crête de Coq)
Madame, Monsieur Léon vous attend.

Madame BEAUFLANQUET
Et mon mari !

MICHÉ
Ne vous inquiétez pas, je l'ai prévenu.

(Madame Beauflanquet et Crête de Coq sortent).

SCÈNE XIII
RAPHAËLE - MICHÉ - FATMA

MICHÉ
Allons, mes enfants, il s'agit aujourd'hui de vous signaler. Je livre une bataille et je ferai donner ma vieille garde.

FATMA
Ah ! bien vous êtes poli, vous.

MICHÉ
Faites pas attention. C'est un à-propos historique. Allons écoutez-moi, il y a ici un particulier que je suis chargé d'occuper pendant une heure ou deux. S'il vient à fourrer son vilain museau par ici, tâchez de me le travailler proprement ; faut pas qu'il sorte ; il y a gros à gagner pour tout le monde, et s'il fait le méchant, on s'en charge.

RAPHAËLE
Soyez tranquille.

CRÊTE DE COQ (entrant)
Y a du monde. C'est le Capitaine.

SCÈNE XIV
LES MÊMES - LE CAPITAINE

MICHÉ
Allons placez-vous, mes petits enfants. Un petit tableau-là bien réussi.

LE CAPITAINE
Eh bien ! les enfants et le service. On est toujours solide au poste.

RAPHAËLE
Toujours Général.

LE CAPITAINE (faisant un geste d'escrime)
Est-on prêt pour un petit assaut ?

RAPHAËLE (imitant son geste)
Certainement Général, à vous l'honneur.

LE CAPITAINE
Je n'en ferai rien.

RAPHAËLE
Par obéissance.

LE CAPITAINE
Fendez-vous (Les femmes l'entourent et le pelotent). Allons finissons, vous savez bien que je n'aime pas ces manières-là. Je n'ai pas besoin d'être excité, moi ; je ne suis pas comme vos blancs becs et vos petits crevés.

FATMA
Allons, Général, choisissez.

LE CAPITAINE
Voyons, formons les rangs (élevant la voix) Garde à vous, peloton.

RAPHAËLE
Pelotez, Général.

LE CAPITAINE
Toujours spirituelle cette belle. A droite alignement, fixe. Peloton, tour droite - Beau cul la première - Peloton tour droite - Numéro 1 trois pas avant, marche.

RAPHAËLE (fait trois pas en avant)
Merci du choix mon Général.

CRÊTE DE COQ (à part)
Encore Raphaële ! (au Capitaine) Le mot de passe, mon Général (Le Capitaine paie) Voulez-vous un fourreau pour votre sabre ?

LE CAPITAINE (refusant une capote que lui offre Crête de Coq)
Jamais. Est-ce que je me sers de cette machine-là ! Est-ce qu'on met son sabre au fourreau pour aller à la charge ?

CRÊTE DE COQ (à part)
A la décharge.

SCÈNE XV
FATMA - BLONDINETTE - CRÊTE DE COQ - MICHÉ

CRÊTE DE COQ
Une passe à Madame Raphaële.

MICHÉ
Elle travaille bien, Raphaële.

FATMA
A-t-elle de la chance cette grue-là !

BLONDINETTE
Il n'y en a que pour elle.

FATMA
On peut pourtant se vanter de travailler aussi bien.

CRÊTE DE COQ
Est-ce qu'il y en a une de vous qui peut la dégoter ?

FATMA
On dirait qu'on la prend au poids cette vache-là, elle ferait mieux de se montrer à la foire.

CRÊTE DE COQ
Tais-toi, avec tes salières et tes jambes de pincettes, toi quand t'embrasses les gens, ils croient recevoir des coups de bâton.

MICHÉ
Allons, est-ce fini tout ça ? Si je n'avais que vous, je serais frais ; il n'y a qu'elle qui fasse aller les affaires ici.

CRÊTE DE COQ
Monsieur rend justice au mérite.

FATMA
Eh ! va donc veau.

CRÊTE DE COQ
Quand tu auras autant de talent qu'elle, tu pourras parler.

FATMA
Des talents ? Comme si on avait à m'en remontrer.

CRÊTE DE COQ
Je sais bien que tu as pour toi l'expérience de l'âge, tu as peut-être couché avec Mathusalem.

MICHÉ
Allons, taisez-vous, est-ce fini ce chahut-là ?

FATMA
C'est lui qui m'engueule ct'égoutteur de goupillon.

MICHÉ à FATIMA
Veux-tu bien te taire.

CRÊTE DE COQ
Pourquoi débine-t-elle Raphaële, cte sale garce ?

MICHÉ à CRÊTE DE COQ
Est-ce fini !

FATMA
Faudra-t-il pas prendre des gants pour parler de ta foutue rouchie ?

CRÊTE DE COQ (furieux)
Répète ça, je te fous mon poing sur la gueule.

FATMA
Toi ?

CRÊTE DE COQ
Oui, moi.

MICHÉ (les séparant)
Voyons, j'vas vous régler bougre d'arsouilles.

CRÊTE DE COQ
Monsieur a raison. La colère est mauvaise conseillère, elle vous fait perdre la tête. C'est ma faute après tout et je confesse mes torts humblement, car c'est moi qui devrais donner le bon exemple ici. Fatma, veux-tu me donner la main ? Sachons pardonner les offenses et n'oublions pas qu'il ne faut jamais faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fit. Au lieu de médire de notre prochain, efforçons nous...

FATMA (riant)
Allons, zut ! Voilà l'abbé qui prêche. Merde.

MICHÉ
Attention, on entre.

SCÈNE XVI
LES MÊMES - RAPHAËLE puis UN MARSEILLAIS

RAPHAËLE (rentrant)
A la bonne heure ! V'là un homme que j'aime ; il vous fait ça en deux temps.

UN MARSEILLAIS (entrant)
Et bonjour mes toutes belles.

LES FEMMES
Entrez donc, très aimables, très polissonnes, très cochonnes.

LE MARSEILLAIS
Eh ! ze sais bien que vous zêtes là pour ça, troun de l'air. Il ne manquerait plus que vous ne zoyez coçonnes, et autremain perzonne ne viendrait vous voir, pécaïre.
(les femmes l'entourant)

RAPHAËLE
Choisis mon petit chéri.

LE MARSEILLAIS
Eh ze zais bien. Et comment voulez-vous que zé zoizisse, vous zètes toutes merveilleusement belles. Je suis très zembarrassé troun de l'air, vous zétes toutes çarmantes.

RAPHAËLE
Moi à votre place je ne serais pas embarrassée.

LE MARSEILLAIS
Et ques aco ?

RAPHAËLE
Je choisirai Raphaële.

LE MARSEILLAIS
Raphaële, c'est vous, je parie ; ze demande à voir les pièces.

RAPHAËLE
Venez-vous.

LE MARSEILLAIS
Et qu'est-ce que tu veux que ze fasse de ça ? Ze ne pourrai seulement pas y fourrer mon petit doigt. A la bonne heure à Marseille pécaïre ! Vous ne connaissez pas la Canebière. C'est là qu'il y a de belles femmes. Elles vous zen ont de grandes comme mon chapeau. Troun de Dieu ! Et à la bonne heure on peut foutre là-dedans.

MICHÉ
Allons, blagueur, on la connaît la Canebière, comme s'ils étaient plus forts que d'autres les vits marseillais !

LE MARSEILLAIS
Les vits de marseillais, mon bon ! C'est comme le beaupré d'un navire. Eh couillon ! Que je ne vous plaindrais pas si vous en aviez un entre les fesses, troun de l'air !

MICHÉ
Moi non plus.

LE MARSEILLAIS
Sans compter que vous en auriez un fameux cul pour le recevoir ! Un vit de Marseillais, tenez, moi qui vous parle, quand je bande, ze suis terrible, et ze bande toujours. Une fois, mon bon, zavais coucé avec une femme, la malheureuse, ze la fous, ze la bifous, ze la trifous, ze la refous, et quand zai eu fini, à la dizoutième fois, sans débrider, couillon, je m'aperçois qu'elle était morte. Mon vit lui avait percé le vaintre, et le médecin, qui a constaté le décès, a reconnu qu'elle avait été étouffée par mon vit qui lui était entré dans la gorge.

FATMA
Eh bien merci, tu peux te fouiller que je baise avec tOi.

MICHÉ (blaguant)
Eh bien, et moi, et bibi, dans un incendie un jour je monte au quatrième étage d'une maison qui était en feu. Il y avait quatre personnes à sauver. Je mets le mari sur mon dos, je prends le père de la main droite, la mère de la main gauche, restait la femme, comment faire ? Je te la fous à cheval sur mon vit, et en descendant l'escalier, sans m'arrêter, je la baise quatre fois, une fois à chaque étage.

CRÊTE DE COQ
Tiens, Monsieur, il bande comme l'obélisque.

LE MARSEILLAIS
L'obélisque ! ze lui rendrais des points, pécaïre ! une fois même que je devais me marier.

RAPHAËLE
Ah ! vous êtes marié.

LE MARSEILLAIS
Oh ! zai le bonheur d'être veuf. Ma future me donnait de telles tentations tout le temps que ze lui faisais la cour que quand, rentré dans ma chambre le soir, ze voulais pisser dans mon pot, impossible, mon vit restait en l'air. Z'aurais mouillé tout le plafond, c'était zénant, qu'est-ce que vous z'auriez fait vous ?

CRÊTE DE COQ
Moi je sais pas.

MICHÉ
J'aurais pissé par la fenêtre.

LE MARSEILLAIS
Et les voisins pécaïre ! Moi, ze mettais mon vit dans la ceminée et ze pissais par dessus les toits troun de l'air !

MICHÉ
Eh bien ! je vais vous en montrer un comme vous n'en avez jamais vu. C'est le vit de mon grand'père que j'ai fait empailler. C'est tout ce qu'il m'a laissé, et vous verrez comme on est membre dans ma famille. (à Crête de Coq) Va, découvre l'objet.
(Crête de Coq ouvre les rideaux du fond. On aperçoit un immense vit en carton accroché au mur)

LE MARSEILLAIS
Ah ! z'avoue que je n'en ai jamais vu de pareils. Et quand il bandait il devait être bien beau.
(Il salue le phallus)

MICHÉ
Mesdames, par la puissance de vos charmes rendez-lui sa vigueur première.
(Les femmes font des passes avec des plumes de paon et dansent un pas d'almée autour du phallus, tandis que Crête de Coq par un mécanisme lui fait prendre la pose de l'érection)

LE MARSEILLAIS
Ah ! ze n'y tiens plus ! viens bougresse !

CRÊTE DE COQ
Raphaële ! C'est impossible, il va la crever.

RAPHAËLE
T'es bête, j'en ai vu bien d'autres.
(Miché sort. Crête de Coq et les femmes veulent le suivre)

LE MARSEILLAIS
Bé ! Ze les prendrais bien toutes. (à Crête de Coq montrant le phallus) Toi, reste, tu vas faire aller le roquentin. Vous les garces, faites-moi un joli petit tableau là-bas.
(Il essaye de baiser Raphaële)

CRÊTE DE COQ (faisant aller la manivelle)
Ah ! malheur, quel supplice ! Ça me rappelle le temps où je sonnais les cloches ; ah ! Raphaële ! quel supplice ! Comme elle y va ! Et puis avec moi, elle ne voudra plus.
(Le Marseillais pète en baisant)

RAPHAËLE
Ce sacré Marseillais ! il blague toujours.

LE MARSEILLAIS
Hé ! tou me fais rire, ze ne jouis pas.

RAPHAËLE
Allons donc !

LE MARSEILLAIS
Eh ! non, ze ne jouis pas. Ze ne sais comment ça se fait. C'est la première fois que ça m'arrive.

RAPHAËLE
Ce n'était pas la peine de blaguer tant.
(Elle se relève)

LE MARSEILLAIS
Eh ! ma bonne, on fait ce qu'on peut, pécaïre...
(Il regarde son vit)

RAPHAËLE
Ce n'est pas naturel ça. Qu'est-ce que tu as, cochon ? Tu as la vérole.

LE MARSEILLAIS
Hé ! ce n'est rien, c'est de naissance.

CRÊTE DE COQ
(épouvanté lui apporte une cuvette)
Allons bon, lave-toi bien vite.

LE MARSEILLAIS
Mesdames, je vous salue.

LES FEMMES
Et nos gants, nos gants.

LE MARSEILLAIS
Hé ! foutues garces que vous êtes, vous m'emmerdez, vous foutre de l'argent pour ne rien faire ! (au public) C'est la première fois que ça m'arrive.
(Il se sauve)


RAPHAËLE
Eh ! va donc couille molle ! Chameau de la Canebière.

SCÈNE XVII
MICHÉ - Monsieur BEAUFLANQUET

Monsieur BEAUFLANQUET
Vous n'avez pas vu Madame Beauflanquet ?

MICHÉ
Pardon Monsieur, elle était ici il n'y a qu'un instant. Elle est en ce moment dans les appartements particuliers de ces dames, qu'avec l'agrément de Son Excellence Monseigneur l'Ambassadeur de Turquie, je lui ai octroyé la permission de visiter.

Monsieur BEAUFLANQUET
(apercevant les femmes)
Ah ! ces dames !

MICHÉ
Le harem de Son Excellence !

Monsieur BEAUFLANQUET
Ah !

MICHÉ
Je vais vous dire, les appartements de l'ambassade n'étant pas encore disposés, Son Excellence m'a chargé de la garde de son harem.

Monsieur BEAUFLANQUET
Mesdames, je suis vraiment confus, je ne m'attendais pas à cette heure avancée à rencontrer l'honneur de votre Compagnie. Excusez, je vous prie, l'irrévérence de mon vêtement.
(Il est en robe de chambre)

MICHÉ
Pas du tout, Son Excellence n'est jamais plus couverte que cela, et souvent elle l'est moins.

Monsieur BEAUFLANQUET (minaudant)
Pour cela il faudrait avoir les privilèges de Son Excellence. Il est vrai que je ne demande pas mieux.

RAPHAËLE (riant)
Demande, mon chouchou.

Monsieur BEAUFLANQUET (stupéfait)
Hein ?

MICHÉ
Ne vous étonnez pas, Monsieur. Vous comprendrez que ces dames qui n'ont jamais en fait vu d'homme que Son Excellence, soient accoutumées à une certaine liberté de propos et d'allures qui est sans inconvénient en pareil cas.

Monsieur BEAUFLANQUET
C'est vrai (avec épouvante) mais je me suis laissé dire qu'on tranchait impitoyablement la tête de tout individu qui entrait dans un harem. Croyez bien, Monsieur que c'est absolument par mégarde que je l'ai fait.
(Il veut se retirer)

MICHÉ
Oui, Monsieur, cela se fait en Turquie, mais en France on est moins féroce. D'ailleurs, comme ces dames sont exclusivement confiées à ma garde, c'est moi que ce soin concerne. C'est la première fois du reste que ce cas se présente et grâce à votre générosité, je serai moins sévère.

Monsieur BEAUFLANQUET
Mais, si vous en parliez. Qu'arriverait-il ?

MICHÉ
Vous seriez abandonné à la vengeance des autorités turques.

Monsieur BEAUFLANQUET
Et qu'est-ce qu'elles feraient les autorités turques ?

MICHÉ
Elles vous trancheraient la tête, Monsieur.

Monsieur BEAUFLANQUET (à part)
Ah ! diable.
(Il glisse deux louis à Miché qui s'incline profondément).

MICHÉ
Si vous désirez, Monsieur, causer particulièrement avec ces dames, je vous laisserai un instant seul avec elles, je suis aveugle et muet.

Monsieur BEAUFLANQUET
Vous êtes trop bon, Monsieur. Je serai véritablement heureux de connaître les détails de la vie dans un harem (à part) Comme c'est bien turc ce costume-là. Ce n'est pas en France qu'on trouverait ça.

MICHÉ
Si vous désirez quelques rafraîchissements, vous sonnerez, je me retire.

Monsieur BEAUFLANQUET
Qu'est-ce qu'elles ont l'habitude de boire ces dames ? Ce doit être des sirops à l'essence de fleurs.

MICHÉ
Précisément.
(à Crête de Coq) Sers trois bocks et un verre de schnick pour Raphaële.

CRÊTE DE COQ
On y va boum !
(Il sort avec Miché).

SCÈNE XVIII
LES FEMMES - Monsieur BEAUFLANQUET

Monsieur BEAUFLANQUET
Mesdames, je vous prie de croire que jamais serviteur plus empressé et plus respectueux ne s'est incliné devant vous.

RAPHAËLE
Toi, t'es bien gentil, mais t'as l'air bête. Allons, mets-toi là. Qu'éque tu veux qu'on te fasse ?

Monsieur BEAUFLANQUET
(assis entre Raphaële et Fatma)

C'est un bien beau pays que la Turquie avec ses tours, ses minarets, ses harems, ses forêts vierges.

RAPHAËLE
De quoi ! des vierges, tu ne trouveras pas ça ici, mon vieux.

Monsieur BEAUFLANQUET (minaudant)
Il paraît que Son Excellence l'Ambassadeur a bien défriché ses bois, c'est une belle place ça ambassadeur ; moi je suis Maire de Conville.

FATMA
Comment dites-vous ça ?

Monsieur BEAUFLANQUET
Maire de Conville, en Normandie, c'est comme qui dirait dans votre pays pacha. Oui, c'est ça pacha de Conville, pacha.

RAPHAËLE
Qu'est-ce que tu veux faire ? Si tu n'aimes pas le chat, faut-il te tailler une plume ?
(Raphaële le pelote d'un côté et Fatma de l'autre)

Monsieur BEAUFLANQUET
(à part, faisant des petits sauts)
Quelle aventure ! il me paraît qu'elles me trouvent bien (haut) Ah ! Mesdames je suis... (à part) elles sont enragées ces turques !

CRÊTE DE COQ
(entrant avec les consommations et sur le point de laisser tout tomber)

Encore Raphaële ! je ne m'y accoutumerai jamais !
(Il dispose ses verres sur la table et se sauve)

Monsieur BEAUFLANQUET (se relevant)
Ah ! Mesdames, après cela on peut bien... (Il saisit Raphaële qui se met en levrette). Je commets un adultère, mais bah ! une turque.

CRÊTE DE COQ (sur la porte)
Attention ! Vlà quelqu'un.

(M. Beauflanquet se relève d'un bond et se sauve déculotté).

SCÈNE XIX
LES FEMMES - UN JEUNE HOMME

LES FEMMES
Entre donc mon petit mignon, mon bébé, mon petit chéri, très polissonnes, très cochonnes, entre donc mon petit chéri, entre donc.

CRÊTE DE COQ
Entrez donc, Monsieur, ces dames sont très aimables.

LE JEUNE HOMME (restant à la porte)
J'entrerai, si je veux, laissez-moi donc tranquille.

LES FEMMES
Très polissonnes, très cochonnes.

CRÊTE DE COQ
Entrez donc, Monsieur, vous serez bien content.

LES FEMMES
Très polissonnes. Entrez donc, mais entrez donc. (Le jeune homme s'en va sans rien dire)

LES FEMMES (toutes ensemble)
Eh bien ! va chier !

MICHÉ (entrant)
Eh bien ?

CRÊTE DE COQ
Il est parti.

MICHÉ
Qu'est-ce qui m'a foutu des garces comme ça, vous laissez partir les gens, maintenant. Eh bien, ça va mal.

CRÊTE DE COQ
Voilà un militaire ; faut-il le laisser entrer ?

MICHÉ
Faut voir. Il a peut-être le sac. Essayez toujours et tâchez d'être plus à la coule.

SCÈNE XX
LES FEMMES - CRÊTE DE COQ - UN SAPEUR

LE SAPEUR
Voulez-vous monter ?

LES FEMMES
Qui ça ? Moi ? Moi ? Moi ? Choisissez bel homme, très polissonnes, très cochonnes.

LE SAPEUR
Ah ! que je me fous de choisir. Pour ça une vaut l'autre.

RAPHAËLE
C'est égal, choisissez mon beau blond, prenez Raphaële.

FATMA
Prenez Fatma.

BLONDINETTE
Prenez Blondinette.

LES FEMMES
Très polissonnes, très cochonnes.

LE SAPEUR
Que ça m'est égal, itérativement.

RAPHAËLE
Eh ! tu nous couillonnes !

LE SAPEUR
Oh ! non vu que les femmes elles ne sont pas subreptibres de la couillonnade subséquemment.

RAPHAËLE
Allons, viendrez-vous ?

LE SAPEUR
Que si vous voulez monter, la grosse, que je serai votre Cupidon.

CRÊTE DE COQ
Toujours Raphaële ! Militaire, il faut payer avant.

LE SAPEUR
Voilà, voilà.
(Il tire son mouchoir et prend l'argent dans un coin)

CRÊTE DE COQ
Allons, militaire.

LE SAPEUR
Que j'obtempère à votre demande itérativement. Que voilà vingt sous.

CRÊTE DE COQ
Vingt sous ! vous vous foutez de nous.

LE SAPEUR
Qu'il y a dix sous pour la maison et dix sous pour la fille.

CRÊTE DE COQ
Mais ici, c'est cinq francs pour la maison.

LE SAPEUR
Cent sous pour la maison, macache ! Mais à Courbevoie que c'est dix sous pour la maison et qu'on donne si on veut, à la fille toujours aimable avec les sapeurs subséquemment.

CRÊTE DE COQ
Enfin ici c'est cinq francs.

LE SAPEUR
Que je suis dépourvu de ce numéraire, itérativement, rendez-moi mon argent.

CRÊTE DE COQ
Les voilà vos vingt ronds.

LE SAPEUR
Que vous n'auriez pas un bidon, un vase, dans lequel on urine pendant la nuit.

CRÊTE DE COQ
Un pot de chambre. Voilà !

LE SAPEUR (à Raphaële)
Que vous seriez assez aimable pour pisser quelques gouttes dans le vase.

RAPHAËLE
Pourquoi ça ? (elle pisse) Voilà.
(Le sapeur prend le vase et s'apprête à déboutonner sa culotte)

CRÊTE DE COQ
Qu'est-ce que vous allez faire ?

RAPHAËLE
Il va se branler dedans.

LE SAPEUR
Que je vais lui faire boire le bouillon puisque la viande, elle est trop chère subséquemment.

CRÊTE DE COQ
Allons, laissez ça, sortez d'ici, si vous ne voulez pas payer.

LE SAPEUR
Cent sous macache ! C'est trop besef.
(Il sort).

SCÈNE XXI
MICHÉ - LES FEMMES - CRÊTE DE COQ

MICHÉ
Eh bien ! qu'est-ce qu'il y a ?

CRÊTE DE COQ
C'est un militaire qui ne voulait payer que dix sous comme à Courbevoie (à part) dix sous Raphaële !!

RAPHAËLE (à Miché)
Monsieur, pouvons nous remonter cinq minutes dans nos chambres ?

MICHÉ
Allez dans vos chambres, si vous voulez, mais soyez prêtes à descendre aussitôt qu'on voudra.

(Elles sortent suivies de Crête de Coq).

SCÈNE XXII
MICHÉ (seul)
Encore une tape ! Ça ne va pas ce soir. Si je n'avais pas l'affaire de Monsieur Léon, je ne ferai pas mes frais. Celle-là c'est une bonne affaire. S'il y en avait souvent de pareilles, je ne tarderais pas à me retirer à la campagne. Quand j'aurai le sac j'achèterai une petite Maison à Bezons et je canote tout le temps, je ne vis plus que sur l'eau, ça me changera.

SCÈNE XXIII
MICHÉ - UN ANGLAIS

L'ANGLAIS
Bonjour, Monsieur.

MICHÉ (à part)
Ah ! un Anglais, bonne affaire.

L'ANGLAIS
Je désire visiter l'établissement de vô.

MICHÉ
A votre service, Monsieur.

L'ANGLAIS
Je venai voir votre Muséum.

MICHÉ
Hein ?

L'ANGLAIS
Le Muséum.

MICHÉ
Mais, Monsieur, je n'ai pas de Musée.

L'ANGLAIS
Vous êtes bien Monsieur Miouchett.

MICHÉ
Miché.

L'ANGLAIS
Oh yes ! very good, Miché. Je venai voir votre Miousée de cire des figioures de femme acciouchant, des petites fesons dans l'alcool. Des amis à moa très bons garçons, très rigolos, avaient dit que c'était chez vô, Monsieur Miouchett.

MICHÉ
Miché.

L'ANGLAIS
Oh yes, very good Miché

MICHÉ (à part)
Oh quelle idée ! (haut) je vais vous dire. J'ai bien un musée de cire, mais il n'est pas encore déballé.

L'ANGLAIS
Déballé ?

MICHÉ
Oui, préparé, disposé, cela va demander un peu de temps.

L'ANGLAIS
Oh ! je été pas pressé.

MICHÉ
Et puis cela va m'occasionner des frais. Je ne puis vous le montrer que si vous êtes généreux.

L'ANGLAIS
Oh ! je paierai à vô, ce que vô voudra. Tenez (il tire de l'argent de sa poche - Miché le prend). Aoh ! ça été cher (à part) Mais je verrai. En France je voye toujours ce que je voulé ; ce été cher, mais jé voyé.

MICHÉ
Eh bien. Si vous voulez entrer dans le petit salon, je vous appellerai quand tout sera prêt.

L'ANGLAIS
All right. Merci Monsieur Miouchett.

MICHÉ
Miché

L'ANGLAIS
Oh yes. Very good Miché.

SCÈNE XXIV
MICHÉ - puis LES FEMMES
Il y a gros à gagner. J'ai là un Anglais qui veut absolument que je lui montre un musée de cire. Placez-vous sur les canapés et les chaises et surtout ne bougez pas ; fixes et immobiles.
(Il les place en leur faisant prendre les poses de figures de cire dans un Musée anatomique)
Là comme ça. Bien. Ne bougez plus. Je vais le chercher.

SCÈNE XXV
LES MÊMES - L'ANGLAIS

L'ANGLAIS (examinant les femmes)
Aoh ! ce été très joli, très joli, très, très natiourel, très natiourel, all right, all right.

MICHÉ
Toutes les figures sont moulées sur nature. C'est la représentation exacte du corps humain, vous pouvez voir, rien n'y manque.

L'ANGLAIS (regardant de près Raphaële)
Oh ! yes (s'éloignant) Elle avait même le odeur.

RAPHAËLE (à part)
Je crois bien, j'ai pété.

MICHÉ
Si vous désirez le catalogue, c'est cinq francs en plus.
(L'Anglais donne cinq francs et tend la main pour recevoir le catalogue)

MICHÉ
Seulement je vais vous le dire de vive voix parce que je ne l'ai pas encore fait imprimer. Tenez, voilà un très beau sujet. C'est une jeune femme morte au bal à l'âge de dix-huit ans, appartenant à une grande famille et se trouvant enceinte. Pour dissimuler sa grossesse, elle se serrait dans son corset. Cela a déterminé une lésion des intestins, et elle est morte un soir, comme je vous le disais, en sortant du bal.

L'ANGLAIS (mélancolique)
Aoh ! comme il disait votre grand poète, Elle aimé trop le bal, ça été ce qui l'avait faite miourir ! Je désiré maintenant vois les accouchements.

MICHÉ (à part)
Ah diable ! (haut, montrant Raphaële) - Tenez voilà la pièce qui nous sert pour les démonstrations.

L'ANGLAIS
Mais je ne voyé pas le petit baby.

MICHÉ
Je vais vous dire. Mes pièces sont si bien faites qu'elles exécutent toutes les fonctions du corps au naturel. Ce sujet a accouché ce matin et il faut maintenant quelque temps pour préparer une nouvelle expérience.

L'ANGLAIS
All right ! on m'a dit que vous aviez dans votre miousée une pucelage.

MICHÉ
Oh ! je n'ai jamais eu ça ici.

L'ANGLAIS
Oh !

MICHÉ
Jamais

L'ANGLAIS
Alors je voulé voir les maladies de Vénus.

MICHÉ
Oh ! ça je puis vous le montrer. J'ai ça justement depuis hier (montrant Blondinette) Regardez, examinez, très beau modèle, toujours pris sur nature.

L'ANGLAIS
Aoh ! je n'aime pas cette. Mais vous n'avez pas aussi des pièces masculines ?

MICHÉ
Oui. J'en ai une très belle. Crête de Coq, montre l'objet. (Crête de Coq entre et ouvre le rideau du fond). Voilà la pièce qui vous montre trente-deux fois grossi le membre viril.

L'ANGLAIS (dansant la gigue devant)
Oh ! très joli, all right. Ah ! Monsieur Miouchett je été devenu très amoureux. Est-ce que je ne pourrai pas faire le amour sur cette...
(Il désigne Raphaële)

MICHÉ
Certainement. Seulement cela abîme toujours mes pièces et je ne peux le laisser faire que si je suis bien indemnisé.
(L'Anglais paye)

CRÊTE DE COQ
Voulez-vous une capote anglaise ?

L'ANGLAIS
Oh non ! French kock coat ! Oh ce été pas la peine.

CRÊTE DE COQ (riant)
Faut toujours se méfier.

MICHÉ
Et puis comme ça vous n'abîmerez pas le sujet.

L'ANGLAIS
Aoh ! je le fesé par respect pour le art.
(Crête de Coq lui donne la capote tachée de sang)

L'ANGLAIS
Aoh ! pas cette.
(L'Anglais en prend une autre et monte sur Raphaële)

CRÊTE DE COQ
Bon. Encore Raphaële.

L'ANGLAIS (baisant)
Aoh ! très natiourel. All right, all right, all right (se relevant) Aoh, je été très satisfaite. Je reviendrai Monsieur Miouchett.

MICHÉ
Miché

L'ANGLAIS
Oh yes, very good Miché. Je reviendrai.

(L'Anglais sort, Miché aussi).

SCÈNE XXVI
CRÊTE DE COQ - LES FEMMES

CRÊTE DE COQ
Ah ! ma pauvre Raphaële, si tu savais quel coup ça vous donne de te voir toujours entre les bras de ces individus.

RAPHAËLE (lui jetant sa capote au nez)
Allons lave ça et tais-toi.

(Crète de Coq sort).

SCÈNE XXVII
LES FEMMES - Madame BEAUFLANQUET

Madame BEAUFLANQUET
Monsieur Beauflanquet ne m'a pas demandée ?

RAPHAËLE
Non, ma petite amie, vous pouvez être tranquille (aux autres) Ce n'est pas toi qu'il a demandée.

Madame BEAUFLANQUET (à part)
Ah ! quelle misérable je fais ! Ah ! Léon ! Aussi c'est avec le champagne qu'il m'a troublé la tête. Pourvu que je ne rencontre pas mon mari ! il me semble que s'il me voyait en ce moment, il lirait tout dans mes yeux. J'ai les nerfs dans un état !

RAPHAËLE
Ah ! ma chère amie, que je suis aise de vous revoir ! Venez donc vous asseoir là à côté de moi.

Madame BEAUFLANQUET
Vous êtes trop aimable, Madame.

RAPHAËLE
Vous avez une taille charmante, et un pied adorable. Comment est le reste ? Vous n'êtes jamais venue à Paris ? Vous habitez toujours à la campagne ?

Madame BEAUFLANQUET
Oui, Madame.

RAPHAËLE
Mais vous devez vous ennuyer là-bas. Que faites-vous toute la journée ?

Madame BEAUFLANQUET
Je m'occupe de ma maison.

RAPHAËLE (la pelotant tout doucement)
Ça ne vous déplaît pas ce que je fais là ?

Madame BEAUFLANQUET
Ah ! ah ! ah ! ah !

RAPHAËLE
Attends, je vais te faire jouir.
(Elle la gamahuche. Madame Beauflanquet se pâme. Raphaële se retire).
Veux-tu m'en faire autant, dis ?

Madame BEAUFLANQUET
Oh ! je n'ose pas. I1 me semble que si les lumières étaient éteintes...

RAPHAËLE (aux femmes)
Voulez-vous éteindre les lumières.

(On éteint les lumières).

SCÈNE XXVIII
LES MÊMES - Monsieur BEAUFLANQUET puis LÉON

Monsieur BEAUFLANQUET
Je suis dans une excitation ! si je retrouvais cette odalisque.
(Il entre à tâtons - Mouvement parmi les femmes - Il trouve sa femme, l'embrasse et l'entraîne sur un canapé).

Madame BEAUFLANQUET
Ah ! Léon !

Monsieur BEAUFLANQUET (avec éclat)
Madame Beauflanquet !

Madame BEAUFLANQUET
Mon mari ! ah !
(Mouvement. Elle rencontre Raphaële à tâtons).
Ah ! sauvez-moi, sauvez-moi.

RAPHAËLE
Laissez faire
(Elle cherche Monsieur Beauflanquet et l'attire dans ses bras)
 
Mais viens donc, pourquoi t'arrêtes-tu ? Qu'est-ce que tu as dit ?

Monsieur BEAUFLANQUET
C'est étonnant, je croyais que c'était ma femme.
(Il commence à baiser Raphaële sur le canapé. Léon qui est entré à tâtons pendant le mouvement rencontre Mme Beauflanquet dans l'obscurité).

Madame BEAUFLANQUET (effrayée)
Qui est là ?

LÉON
C'est moi, viens.

Madame BEAUFLANQUET
Laissez-moi, laissez-moi.

(Léon l'entraîne sur le canapé et il la baise).

SCÈNE XXIX
LES MÊMES - MICHÉ

MICHÉ (entrant)
Qui est-ce qui a éteint les lumières, ici ? Vous savez bien que je n'admets pas ça. Crête de Coq, de la lumière !
(Crête de Coq entre avec un flambeau)

Monsieur BEAUFLANQUET
Ma femme dans les bras de Léon !

MICHÉ
Bougre, ça se complique.
(Madame Beauflanquet s'évanouit).

LÉON (à Miché)
Cinq louis pour vous si vous me tirez de là.
(Il se sauve)


Monsieur BEAUFLANQUET (à sa femme)
Ah ! Madame, cette conduite criminelle aura son châtiment.

MICHÉ
Son châtiment, Monsieur. Mais savez-vous bien que c'est vous qui méritez un châtiment. Songez à l'endroit où vous êtes, un harem, et à ce que vous venez d'y faire. Les lois turques m'y donnent tout pouvoir sur vous, et vous en connaissez la rigueur.

Monsieur BEAUFLANQUET
Mais pourtant, Monsieur...

MICHÉ
Si j'ai un conseil à vous donner dans votre intérêt, c'est d'éviter tout scandale, et d'étouffer cette affaire qui pourrait avoir pour vous les conséquences les plus graves et j'espère que vous saurez récompenser ma complaisance à votre égard.

Monsieur BEAUFLANQUET
(après avoir payé, à sa femme)
Nous retournerons ce soir à Conville, Madame.

(Ils sortent).

SCÈNE XXX
LES MÊMES moins Monsieur et Madame BEAUFLANQUET

MICHÉ
Qu'est-ce qu'il veut encore celui-là ?

LE VIDANGEUR (pochard)
Je ne viens pas pour vider les ca... ca... les ca... cabinets, j'ai renoncé au mé... au métier.
(chantant)

« Et je suis dégoûté de la merde,
Depuis que j'y ai trouvé un cheveu ».

MICHÉ
Qu'est-ce que vous demandez alors ?

LE VIDANGEUR
Je veux une femme.

RAPHAËLE
Ah bien ! par exemple !

CRÊTE DE COQ
Il ne manquerait plus que ça.

FATMA
Baiser avec toi, jamais.

MICHÉ
Ça ne se peut pas. Allons, décampez.

LE VIDANGEUR
De quoi, mon ar... mon ar... mon argent ne vaut pas celle d'un autre !
(Il montre cent sous à Miché)

MICHÉ
Dame, s'il paye.

RAPHAËLE
Moi, je n'en veux pas.

FATMA
Ni moi.

BLONDINETTE
Moi non plus.

RAPHAËLE
Il est trop dégoûtant.

MICHÉ
Trop dégoûtant ! tas de bégueules ! (au vidangeur) Je ne suis pas de cet avis-là. Dites donc, l'ami, si vous vouliez que je fasse ça moi.

LE VIDANGEUR
Avec ré... ré... réciprocité alors.

MICHÉ
Tant que tu voudras.

LE VIDANGEUR
Allons, viens ma vieille.
(Miché et le vidangeur sortent)

MICHÉ (soutient le vidangeur qui chancelle en chantant)
« Ah ! je suis dégoûté d'la merde,
D'puis qu' j'ai trouvé d'ans un cheveu ! »

SCÈNE XXXI
LES FEMMES - CRÊTE DE COQ

CRÊTE DE COQ (à Raphaële)
Ah ! Raphaële, ça va être mon tour maintenant.

RAPHAËLE
Toi, allons donc ! Est-il emporté ce p'tit-là. Il n'en a jamais assez. Tu peux te fouiller.

CRÊTE DE COQ
C'est ça, faudra que je me branle encore, comme au séminaire. Ah ! Raphaële !

(La toile tombe).

FIN

Et en prime puisque vous avez été bien sages, voici un poème du même Guy de Maupassant, il s'intitule "69" !

69

Salut ! grosse putain, dont les larges gargouilles
Ont fait éjaculer trois générations !
Et dont la vieille main tripota plus de couilles
Qu'il est aux cieux d'étoiles et de constellations !
J'aime tes gros tétons, ton gros cul, ton gros ventre,
Ton nombril au milieu, noir et creux comme un antre
Où s'emmagasina la poussière des temps ;
Ta peau moite et gonflée, et qu'on dirait une outre
Que des troupeaux de vits injectèrent de foutre
Dont la viscosité suinte à travers ses flancs...
çà ! monte sur le lit sans te laver la cuisse ;
Je ne redoute pas le flux de ta matrice ;
Nous allons, s'il te plaît, faire soixante neuf !
J'ai besoin de sentir, ainsi qu'on hume un oeuf,
Avec l'âcre saveur des anciennes urines,
Glisser en mon gosier les baves de ton con,
Tandis que ton anus, énorme et rubicond,
D'une vesse furtive égaye mes narines.
Je ne descendrai pas aux profondeurs des puits ;
Mais je veux, étreignant ton ventre qui chaudronne,
Boire ta jouissance à son double pertuis,
Comme boit un ivrogne au vagin d'une tonne ;
Les vins qui sont très vieux ont toujours plus de goût.
En ta bouche à chicots, pareille aux trous d'égout,
Prends mon braquemart, dur et gros comme une poutre,
Promène ta gencive autour du gland nerveux,
Enfonce-moi deux doigts dans le cul si tu veux,
Surtout, ne crache pas quand jaillira mon foutre.


Notes :
(1) Impossible de savoir à quel numéro, malgré mes recherches. Par contre ça se passait au 5ème étage !
(2) Date attestée par le journal d'Edmond de Goncourt